Safari-photo en baie de Somme et en baie d’Authie.

La baie de Somme et la baie d’Authie sont le refuge de la plus importante colonie de phoques veaux marins en France avec 60% des effectifs français. 

 

A l’été 2016, on en recensait au maximum 557 ainsi que 179 phoques gris. Ces chiffres sont très variables selon les saisons. Il n’est possible de suivre l’évolution des populations locales que depuis environ deux siècles mais elles sont probablement présentes depuis des milliers d’années.

Au début du 19ème siècle, on comptait plusieurs centaines d’individus qui se reproduisaient régulièrement sur les bancs de sable appelés reposoirs. La chasse intensive pour leur fourrure et leur graisse ainsi que la modification des chenaux au bord desquels les animaux se reposaient, ont conduit à l’arrêt de toute reproduction à partir de 1930 et à la disparition des derniers animaux en 1960. La création en 1986 d’un programme d’étude et de protection a permis l’implantation, la survie et le développement de petites colonies. On a pu constater la reprise d’une reproduction régulière depuis 1992.

Des réglementations nationales et internationales protègent ces animaux mais malheureusement ils continuent à souffrir de prises involontaires, de braconnage (tir au fusil) et de la pollution (du fait de leur position dans le haut de la chaîne alimentaire, leur organisme étant particulièrement chargé en polluants marins).

Il est très facile de voir les mammifères marins emblématiques de la baie d’Authie. Au volant de votre voiture, vous roulerez en direction de Berck et vous bifurquerez à gauche pour rejoindre la base nautique de cette célèbre station balnéaire tombée en désuétude. Vous vous garerez au parking et après avoir marché quelques dizaines de mètres vous pourrez découvrir un tableau spectaculaire : des phoques veaux marins en compagnie de phoques gris se vautrant à marée basse sur les reposoirs et les micro-falaises de sable qui bordent le nord de l’estuaire de l’Authie. Tous profitent de ces moments de calme pour reprendre des forces avant de repartir pêcher lors de la prochaine marée haute. 

Des confusions sont possibles entre le phoque veau marin et le phoque gris, leurs aires de répartition se couvrant largement. Les caractéristiques permettant de distinguer ces deux espèces se situent essentiellement au niveau de la tête. C’est en effet la seule partie pratiquement visible dans l’eau et même lorsque l’animal est à terre, l’allure générale du corps et le pelage sont des éléments plus difficiles à apprécier (fourrure parsemée de marques très fines plus claires pour le phoque veau marin et fourrure parsemée de grosses tâches plus claires pour le phoque gris).

Ainsi la forme de la tête du phoque veau marin est arrondie et non allongée comme celle du phoque gris. Contrairement à ce dernier, le museau du phoque veau marin est court, avec un net décrochement entre le front et le museau. Les narines, en forme de V ouvert, se rejoignent à la base alors qu’elles sont parallèles chez le phoque gris et l’orifice auditif est bien visible. 

D’autres critères permettent cependant l’identification de l’animal sur la terre ferme: la tête est encaissée et sans cou chez le phoque veau marin alors qu’elle est dégagée et très mobile chez le phoque gris.

Le jeune phoque veau marin possède dès la naissance un pelage analogue à celui des adultes. La disparition de sa fourrure blanche embryonnaire ou lanugo s’effectue in utero ou aussitôt après la mise-bas. Il est capable de nager quelques heures après sa naissance, s’adaptant à un habitat soumis aux marées où le lieu de reproduction est inondé. Le petit est allaité 4 à 5 semaines à terre ou dans l’eau. A la naissance il mesure 80 cm et pèse  8 à 10 kg. Il est abandonné par sa mère après avoir doublé son poids. Le jeune se nourrit essentiellement de crabes, de seiches et de calamars tandis que l’adulte de poissons (flets, plies, mulets) chassés dans les chenaux ou en mer au début de la marée montante et descendante à moins de 100 m de profondeur. Tous les jours les animaux doivent chasser 3 à 5 % de leur poids corporel soit 4 à 5 kg de poissons pour un individu de 80 kg.

L’espèce est plutôt sédentaire bien que de nombreux mouvements entre les colonies soient observés, sans organisation sociale hiérarchique. D’une  manière générale, les animaux passent la marée haute dispersés dans l’eau à explorer leur territoire, s’alimenter ou dormir dans des zones calmes. En effet, ils peuvent dormir en immersion restant ainsi quelques minutes puis se laissant remonter pour respirer. A marée descendante, dès que les premiers bancs de sable apparaissent, ils se regroupent  sur les reposoirs situés à  proximité d’un chenal large et profond permettant la fuite en cas de danger. Ils s’installent jusqu’à l’arrivée du flot qui les oblige à prendre la mer. Les liens sociaux les plus étroits sont ceux qui unissent une mère et son petit jusqu’au sevrage. Les mâles ne constituent pas de harem mais semblent défendre un territoire dans l’eau. Ils sont polygames et essayent de s’accoupler avec un maximum de femelles. Ils mesurent 1,4 m à 2,0 m et pèsent 70 à 170 kg. Les femelles atteignent 1,2 m à 1,7 m et 50 à 150 kg. Elles sont matures quand elles atteignent le poids de 50 kg vers l’âge de 4 ans et les mâles le poids de 75 kg vers l’âge de 5 ans.

Ce sont des phoques de petite taille et de corpulence trapue. Leurs membres ressemblent presque à des nageoires. Ils possèdent des doigts palmés munis de griffes plates. Les animaux se déplacent par reptation sur les bancs de sable. Quand l’eau monte, ils adoptent une position typique en « arc » ou « banane », tête et nageoires hors de l’eau, afin de rester en contact avec le sable et de retarder au maximum leur déplacement dû à la marée.

Les accouplements ont lieu de juillet à septembre avec plusieurs individus. Après une gestation de 11 mois (2 mois d’implantation différée et 9 mois de gestation), les naissances ont lieu à marée basse sur les bancs de sable émergés entre la fin du mois de juin et le mois d’août. 

L’été correspond également à la période de mue. 

Les phoques gris ont, quant à eux, une reproduction moins abondante et qui présente quelques différences. Le bébé phoque gris naît avec un fin pelage laineux blanc (lanugo) qu’il garde jusqu’à son sevrage. Les naissances ont lieu en hiver. Seules 7 mises-bas ont été observées et recensées en 15 ans sur la côte picarde (plage de Quend). Le jeune chiot aussi appelé « blanchon » en raison de sa fourrure de couleur crème reste sur le sable livré à lui-même pendant de longues heures, sa mère venant le nourrir à chaque marée haute. Il est allaité pendant 27 jours puis il est sevré. Il peut se débrouiller seul après avoir pris 25 kg mais la coupure est brutale : il doit apprendre à pêcher lui-même. Au bout de un an, seuls 40% des jeunes survivent.

Le phoque gris a un gabarit plus important que son cousin le phoque veau marin. Le mâle mesure 2,50 m à 3,30 m et pèse 170 à 310 kg tandis que la femelle atteint 2 m et 190 kg. Le jeune mesure à la naissance 90 à 105 cm et pèse 11 à 20 kg.

Ainsi se termine mon voyage extraordinaire au pays des mammifères marins. Je vous recommande vivement cette excursion assez proche de notre département à la faveur d’un week-end prolongé. Devant mes yeux émerveillés, j’ai pu photographier le petit farfadet dont vous découvrez les belles images.

 » Et je pose comme ceci et puis je pose comme cela… ». Il s’est comporté devant mon objectif comme une véritable star enthousiasmant la simple touriste que j’étais. J’ai passé un moment magnifique et surtout inattendu. Nous devons encourager ces programmes de sauvegarde en allant constater leurs résultats tout en respectant la tranquillité dont les animaux sauvages ont besoin. En regardant le nombre de personnes sur la jetée de la base nautique de Berck, les phoques veaux marins ont un bel avenir devant eux. 

Sources : 

Carnet de voyage du Dr CARRERE