Comment bien nourrir ses poules : quelques conseils

Depuis quelques années, vous êtes de plus en plus nombreux à avoir des poules dans votre jardin. Voici quelques conseils pour bien nourrir vos petites protégées.

  1. Il faut limiter les déchets de cuisine et de table

« La poule n’est pas un compost sur pattes ». Elle peut consommer des épluchures de fruits et de légumes (laitues, choux, épinards…) mais il est nécessaire de limiter leur quantité car un excès de cellulose entraîne des diarrhées. Certains déchets comme les pelures d’oignons, les feuilles de poireaux, les peaux de bananes, d’agrumes ou de kiwis sont boudés.

Les déchets de viande peuvent apporter des protéines intéressantes mais les restes des plats en sauce favorisent un risque de contamination des œufs par des salmonelles (transmissibles aux humains) surtout si le plat a été conservé au réfrigérateur un certain temps. Il est donc conseillé de modérer les pâtes, la mayonnaise, les déchets de charcuterie et de fromage.

  1. Il faut associer des céréales à des plantes protéagineuses et des graines oléagineuses

Pour qu’une poule adulte ne souffre pas de déficit en énergie ni en acides aminés indispensables à la formation des œufs, il faudrait qu’elle consomme tous les jours ces trois ingrédients à raison de 100 à 130 g en moyenne pour une poule de bonne taille (± 2,5 kg). Les aliments vendus pour les poules pondeuses contiennent normalement ces trois éléments en proportions optimales.

Blé et triticale peuvent constituer l’essentiel des céréales : le maïs est limité à 30 % car il favorise l’engraissement. Les céréales seront distribuées en grains ou grossièrement concassées. Elles apportent les besoins en acides animés nécessaires. Les graines oléagineuses (tournesol, colza, soja), sources de méthionine et les plantes protéagineuses (féverole, lupin…), sources de lysine, doivent compléter la ration. Pour une bonne digestion ces dernières doivent être finement broyées.

Les sous-produits laitiers très appréciés (lait écrémé, babeurre, lactosérum) constituent un apport intéressant de matières azotées.

  1. Il faut prévenir les carences en calcium et en vitamines

La poule a particulièrement besoin de calcium le soir au moment où se forme la coquille de l’œuf. Pour être en phase avec son métabolisme, il est conseillé de distribuer des coquilles d’huitres pilées ou des granulés de carbonate de calcium en fin de journée, même si la poule reçoit par ailleurs un aliment complet.

Un apport insuffisant ou une assimilation inadéquate du calcium chez une poule qui pond régulièrement conduit l’organisme à puiser dans les réserves osseuses, induisant un état d’ostéoporose. L’oiseau atteint conserve l’appétit et un bon état général mais présente une faiblesse des pattes, une difficulté à se déplacer et parfois des fractures osseuses.

Une carence en vitamine D peut également impacter la production des œufs en favorisant des œufs à coquille molle.

 Le traitement de ces affections passe par le repos et un rééquilibrage de l’apport en calcium et en vitamine D.

Des carences en vitamines B et en méthionine peuvent nuire à la qualité du plumage et induire l’apparition de troubles neurologiques. Pour prévenir ce risque, la ration alimentaire d’une poule devra intégrer jusqu’à 2 % de levures qui sont aussi d’excellentes sources d’acides aminés.

  1. Il faut apporter du lest sans risque pour la poule

Le grit est un lest minéral indispensable à la bonne digestion  de la poule. Il est composé de petits cailloux pour que le broyage des aliments se fasse aisément. Ils restent dans le gésier et sont visibles à la radio.

Sans grit accessible, la poule a tendance à compenser en ingérant des fibres végétales en excès ou à s’attaquer aux plumes de ses congénères. Du sable d’aquarium ou du gravillon  concassé (2/6) sont de bonnes sources de grit.

Il faut être vigilant concernant les corps étrangers toxiques notamment des éléments métalliques en acier galvanisé. Ainsi le zinc contenu dans le revêtement inoxydable est solubilisé par les acides digestifs et passe dans la circulation sanguine. L’intoxication au zinc peut causer des troubles neurologiques, intestinaux et urinaires.

  1. Il faut donner un accès à un parcours en herbe

Pour un bon fonctionnement digestif et cognitif il est important de permettre un accès à un parcours extérieur en herbe où la poule peut consommer des végétaux frais (ray-grass, trèfle blanc, autres légumineuses), explorer et gratter le sol pour y trouver des vers et des insectes.

Son apport en protéines sera ainsi diversifié : 20-25 m2 sont conseillés pour une poule de grand format et 10-12 m2 pour une poule de petit format.

Pour que le terrain reste herbeux et que la pression parasitaire soit limitée, deux parcours devraient être proposés en alternance, sans dépasser 10 semaines dans chacun. On peut aussi utiliser un parcours normal de taille plus réduite que l’on déplace pour faciliter le renouvellement de l’herbe.

Un parcours mobile permet une meilleure répartition des fientes sur le terrain et limite de ce fait l’exposition aux parasites digestifs.

Pour éviter les fugues, un grillage de 1,20 m de haut est conseillé pour les races lourdes et 2 m pour les races légères.

En hiver, il ne faut pas laisser les poules sur un sol dur, froid et humide, sur lequel les fientes n’arrivent pas à sécher. Les pattes peuvent en souffrir et le froid en région rénale favorise l’accumulation d’urates.

S’il y a du ciment sur le parcours, il est conseillé d’en recouvrir une partie avec de la paille en hiver. De même une zone de transition entre le parcours extérieur et le poulailler recouverte de briques cassées évitera que les oiseaux ne rentrent à l’intérieur avec les pattes trop humides.

En été, il faut protéger les volailles de la chaleur avec des arbustes ou un abri procurant de l’ombre car dès que la température excède 26°C il y a un risque de coup de chaleur, surtout pour les races lourdes plus sensibles.

  1. Il faut une hygiène de la distribution alimentaire

Les aliments doivent être très bien protégés des rongeurs vecteurs potentiels de salmonelles, bactéries pouvant affecter les humains.

 Il est conseillé de les conserver également bien au sec afin d’empêcher le développement de mycotoxines.

Des graines moisies peuvent provoquer une altération générale du plumage mais également une nécrose de la muqueuse buccale.

Les aliments complets et les graines seront distribués dans un récipient ou une mangeoire automatique, à l’intérieur du poulailler. Les matériels d’alimentation (augettes, trémies et filet à verdure) seront regroupés sur un caillebotis placé au-dessus d’une fosse ou d’une cuve, avec un plateau amovible au fond, destiné à recevoir les fientes. Cette technique facilite leur élimination car leur production est plus importante à cet endroit.

Il est idéalement préconisé de nettoyer les déjections au minimum deux fois par semaine afin de minimiser les émissions d’ammoniac issues de leur décomposition.

  1. Il faut des conditions optimales pour l’abreuvement

Une poule boit en moyenne l’équivalent de 10 % de son poids chaque jour, soit environ 250 ml d’eau pour une poule adulte de format moyen. Ses besoins sont à adapter en fonction de son alimentation, de la température extérieure et de l’état général de l’oiseau.

Un abreuvoir siphoïde en plastique de 5 l suffit pour 4 poules. Il doit rester propre et l’eau doit être renouvelée fréquemment. Une semaine par mois, on conseille d’acidifier l’eau avec du vinaigre de cidre (25 ml/l) pour prévenir les troubles intestinaux.

Ainsi se termine l’article consacré aux conseils pratiques pour l’alimentation des poules de compagnie : vous optimiserez ainsi l’obtention d’œufs de qualité, le recyclage de vos restes alimentaires tout en leur offrant de meilleures conditions de vie.

Mémo

Depuis 2016, dans le cadre de la lutte contre la grippe aviaire, un propriétaire de poules doit appliquer les dispositifs de surveillance et de prévention demandés par la préfecture. Ces dispositifs varient suivant le niveau d’alerte du département. Pour en être informé, le propriétaire doit théoriquement déclarer sa basse-cour auprès de la mairie, en  remplissant un formulaire spécifique, même s’il ne possède qu’une poule.

Parmi les comportements naturels qu’une poule doit pouvoir exprimer, il y a les bains de poussière. En leur absence, elle aura tendance à manifester des comportements de picage des plumes et des pattes. Il faut donc prévoir un bac rempli d’un mélange de sable et de cendres de bois, dans lequel on pourra aussi ajouter un mélange de pyréthrinoïdes pour lutter contre les poux.

 Sources : L’ESSENTIEL n° 581 du 5 au 11 novembre 2020 – p.28-29

Cet article a été sélectionné et rédigé par le Dr Carrère