Le triste sort des animaux dans la Grande Guerre

Si les pertes humaines ont été considérables, les pertes animales l’ont été tout autant.

Après Eric Baratay, historien, qui consacra un ouvrage aux Bêtes des tranchées (cf. illustration), en 2013,

et Steven Spielberg, qui traita de la Première guerre mondiale sous l’angle d’un Cheval de guerre (cf. illustration), en 2011,

la Société d’ethnozootechnie et l’Association pour l’étude de l’histoire de l’agriculture se sont à leur tour penchées sur les animaux dans la Grande Guerre  lors d’une journée d’étude organisée avec le concours de l’Académie d’agriculture de France, le 21 mai 2015, à Paris.

14-18 : un désastre vétérinaire.

Les chiffres sont éloquents : 14 millions d’animaux ont été mobilisés par les différentes armées du conflit. Parmi eux, 8 millions de chevaux et de mulets sont morts.

En France, 1,8 million d’équidés ont été envoyés sur le front et les deux tiers ont été rayés des listes.

Les causes de la mort des chevaux sont répertoriées dans les documents de l’époque. Sur cinq chevaux tués, un l’est par un projectile de guerre, un autre succombe d’épuisement.

Les maladies contagieuses (la morve et la gale notamment) déciment un quart des animaux. De nombreux équidés subissent des blessures dues au harnachement ou à la boue, ce qui ne les tue pas mais provoque leur immobilisation pendant de longues durées

Toutes ces affections sont le reflet des conditions déplorables dans lesquelles sont hébergés les animaux. L’état-major – convaincu que la guerre sera courte – n’est pas suffisamment préparé. Les baraquements sont inexistants et les animaux passent souvent les nuits dehors ou dans des cantonnements sommairement installés dans des locaux abandonnés. Or les hivers seront très rudes pendant la guerre.

Les chevaux ne mangent pas assez et leur ration est déséquilibrée. La pénurie de foin et d’avoine durera pendant de longs mois.

Les moyens vétérinaires d’unités sont dérisoires. Dans les hôpitaux vétérinaires, on compte, dans le meilleur des cas, un vétérinaire pour 300 hospitalisés. Les traitements manquent, les premiers ravitaillements de médicaments n’arrivent qu’à l’été 1915.

Jusqu’à la fin de l’année 1917, les services vétérinaires ne disposent d’aucun moyen d’évacuation des animaux malades. Les chevaux doivent parcourir 15 à 25 kilomètres, quelle que soit la gravité de leurs blessures. Si l’animal n’est pas en mesure de suivre le reste du contingent, il est laissé sur place – « aux bons soins du maire » si ses blessures peuvent être soignées à moindre coût – ou abattu. « Les chevaux sont utilisés jusqu’à l’usure complète », écrira un haut gradé à l’état-major, qui ne prend en compte que très tardivement de la nécessité de conserver les effectifs des animaux.

Existence de témoignages

100 ans plus tard, l’archéozoologie retrace l’histoire de ces chevaux de guerre.

Lors d’une « fouille de sauvetage », cinq chevaux allemands ont été trouvés à Chaillon, petite commune de la Meuse qui abrita un hôpital de campagne allemand pendant le premier conflit mondial.

Les animaux décrits sont tous de grande taille (entre 1m65 et 1m70) et présentent des affections de contraintes au niveau des vertèbres. Les chercheurs supposent qu’il s’agit des cadavres d’animaux chargés du transport des blessés ou du matériel.

Aucun ne présente de traces d’hippophagie, mais des témoignages montrent que la peau ou la viande des chevaux ont pu être prélevées sur d’autres sites.

Les chercheurs s’appuient également sur les cartes postales qui montrent de nombreuses espèces d’animaux : chevaux, ânes, mulets, chiens, chèvres… tous font partie du bestiaire de la guerre. L’animal est aussi présent sur les affiches de propagande ou dans les livres pour enfants publiés à cette époque.

Un seul monument en France rend hommage à la mémoire des chevaux de guerre.

Les Anglo-Saxons, eux, érigent de nombreux monuments qui évoquent les animaux soldats.

Source : La Dépêche Vétérinaire n° 1316 du 26 septembre au 20 octobre 2015

Cet article a été sélectionné et rédigé pour vous par la Clinique La Renardière