L’intoxication par les noix moisies

Le saviez-vous ? Le nombre d’intoxications aux noix moisies a significativement augmenté

L’intoxication de carnivores domestiques suite à l’ingestion de noix moisies est rapportée dans la littérature et attribuée à des mycotoxines trémorigènes (le plus souvent penitrem A et/ou roquefortine produites par des moisissures du genre Penicillium). Les cas décrits dans la littérature font suite à l’ingestion par des chiens de compost ou d’aliments moisis divers : fromage, pain, riz… Bien que peu d’auteurs rapportent spécifiquement des cas d’intoxication en rapport avec l’ingestion de noix moisies, cette intoxication mérite d’être connue car sa survenue sous forme de séries de cas peut parfois évoquer à tort des actes de malveillance.

Le CNITV a constaté ces dernières années et en particulier au cours du premier trimestre 2019, le signalement d’un nombre inhabituellement important de chiens présentant des troubles neurologiques suite à l’ingestion de noix moisies. La fréquence de ces appels a ainsi atteint 5 ‰ au premier semestre 2019 contre 0,6 ‰ en 2010.

Cette intoxication qui survient accidentellement est marquée par une très forte saisonnalité : plus de 80 % des cas sont rapportés entre janvier et mars chaque année, lorsque les noix tombées des noyers ont moisi à la faveur d’une humidité importante. Les praticiens sont d’ailleurs régulièrement confrontés à la survenue d’une « série de cas » en lien avec des conditions météorologiques propices au développement de moisissures. L’analyse des cas rapportés au CNITV ne révèle pas de surreprésentation de races, d’un sexe ou de tranches d’âge particulières.

La quantité de noix ingérées par les chiens n’est, le plus souvent, pas connue et, lorsqu’elle est estimée, elle est le plus souvent imprécise. La définition d’une dose minimale toxique est par ailleurs compliquée si ce n’est impossible car, outre qu’il existe plusieurs mycotoxines trémorigènes, leur production dépend, tant sur le plan qualitatif que quantitatif, de conditions particulières (humidité, substrat…) Pour autant, la sévérité des symptômes semble corrélée à la quantité de mycotoxines ingérée.

Les symptômes apparaissent classiquement dans les deux à trois heures suivant l’ingestion. Des troubles neurologiques sont systématiquement rapportés, comprenant des trémulations, de l’ataxie et/ou des convulsions. Des troubles digestifs (vomissements, hyper salivation…) complètent le tableau clinique dans la moitié des cas rapportés au CNITV. Rarement, une hyperthermie et/ou des troubles cardiorespiratoires (polypnée, tachycardie, bradycardie, hypotension) sont décrits. Une atteinte rénale et hépatique est rapportée de manière anecdotique sans qu’elle puisse être directement reliée à l’action des mycotoxines. De telles lésions (nécrose tubulaire rénale, hémorragie hépatique) pourraient être la conséquence de l’hyperactivité musculaire lors de convulsions.

Le traitement des intoxications par des mycotoxines trémorigènes est uniquement symptomatique. Lorsque l’état de l’animal le permet (absence de troubles neurologiques), la prise en charge précoce correspond à l’induction de vomissements (apomorphine : 0,1 mg/kg SC) et à l’administration de charbon végétal activé (2 à 5 g/kg) même si l’efficacité de cette dernière thérapeutique dans la prévention de l’absorption digestive des mycotoxines n’est pas prouvée.

Le traitement des troubles neurologiques passe par l’administration d’anticonvulsivants. Sur ce point, il semblerait que le diazépam soit d’une efficacité très limitée dans le traitement des trémulations sévères ; le recours à des barbituriques ou à d’autres anticonvulsivants est alors pleinement justifié. L’hyperthermie doit être jugulée par des mesures de refroidissement. Il n’est pas prouvé que la perfusion favorise l’élimination des mycotoxines trémorigènes; elle peut toutefois être utile lors d’hypotension ou de bradycardie.

Lorsque l’animal guérit, les symptômes rétrocèdent généralement dans les 4 jours suivant leur apparition sans séquelles.

Source : tvm INNOVATIVE ANIMAL HEALTH – octobre 2019 par Elodie LECOINTE-ADAMCZYK – Dr vétérinaire – CNITV

Cet article a été sélectionné pour vous par la Clinique La Renardière