La mort du chien (Victor Hugo)

Un groupe tout à l’heure était là sur la grève,
Regardant quelque chose à terre : « Un chien qui crève ! »
M’ont crié des enfants ; voilà tout ce que c’est !
Et j’ai vu sous leurs pieds un vieux chien qui gisait.

L’océan lui jetait l’écume de ses lames.
« Voilà trois jours qu’il est ainsi », disaient les femmes.
« On a beau lui parler, il n’ouvre pas les yeux »
« Son maître est un marin absent », disait un vieux.

Un pilote, passant la tête à la fenêtre,
A repris : « le chien meurt de ne plus voir son maître!
Justement le bateau vient d’entrer dans le port.
Le maître va venir, mais le chien sera mort! »

Je me suis arrêté près de la triste bête,
qui, sourde, ne bougeant ni le corps ni la tête,
Les yeux fermés, semblait morte sur le pavé.
Comme le soir tombait, le maître est arrivé,

Vieux lui-même, et, hâtant son pas que l’âge casse,
A murmuré le nom de son chien à voix basse.
Alors, rouvrant ses yeux pleins d’ombre, exténué,
Le chien a regardé son maître, a remué

Une dernière fois sa pauvre vieille queue,
Puis est mort. C’était l’heure où, sous la voûte bleue,
Comme un flambeau qui sort d’un gouffre, Vénus luit ;
Et j’ai dit : « D’où vient l’astre ? Où va le chien ? Ô nuit ! »

Victor Hugo « Les Quatre Vents de l’esprit », 1881

A propos de l’intelligence de « Maître Corbeau »

Tout au long de l’histoire européenne, le corbeau a été considéré comme un oiseau de malheur, un dévoreur de cadavres, un propagateur de peste, un compagnon des sorcières. Cet animal a été ainsi craint, honni et souvent massacré par le passé. Mais depuis près de vingt ans, des ornithologues s’intéressent à ces oiseaux et donnent une autre vision d’eux.

Covid-19

Covid-19 : la Chine interdit le commerce et la consommation d’animaux sauvages.

La Chine a interdit, depuis le 24 février 2020, « complètement » et immédiatement, le commerce et la consommation d’animaux sauvages, une pratique suspectée dans la propagation du Covid-19 dont la source exacte n’a cependant toujours pas été identifiée.

Le Chat

Dans ma cervelle se promène,

Ainsi qu’en son appartement,

 Un beau chat, fort, doux et charmant,

Quand il miaule, on l’entend à peine,

 

Tant son timbre est tendre et discret ;

Mais que sa voix s’apaise ou gronde,

Elle est toujours riche et profonde ;

C’est là son charme et son secret.

Cette voix, qui perle et qui filtre

Dans mon fonds le plus ténébreux,

Me remplit comme un vers nombreux

Et me réjouit comme un philtre.

 

Elle endort les plus cruels maux

Et contient toutes les extases ;

Pour dire les plus longues phrases,

Elle n’a pas besoin de mots.

 

Non, il n’est pas d’archet qui morde

Sur mon cœur, parfait instrument,

Et fasse plus royalement

Chanter sa plus vibrante corde,

Que ta voix, chat mystérieux,

Chat séraphique, chat étrange,

En qui tout est, comme en un ange,

Aussi subtil qu’harmonieux !

 

De sa fourrure blonde et brune 

Sort un parfum si doux, qu’un soir

J’en fus embaumé, pour l’avoir

Caressée une fois, rien qu’une.

 

C’est l’esprit familier du lieu ;

Il juge, il préside, il inspire

Toutes choses dans son empire ;

Peut-être est-il fée, est-il dieu ?

Quand mes yeux, vers ce chat que j’aime,

Tirés comme par un aimant,

Se retournent docilement

Et que je regarde en moi-même,

 

Je vois avec étonnement

Le feu de ses prunelles pâles,

Clairs fanaux, vivantes opales,

Qui me contemplent fixement.

Poème de Charles Baudelaire

Ce poème a été sélectionné pour vous par le Dr CARRERE