Canicule

Les médicaments y résistent assez bien. Mais diurétiques, AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens), IECA (inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine)… aggravent le coup de chaleur

Prévisons Météo France du mardi 25 au jeudi 27 juin

*  Alerte canicule. Pour lutter contre la chaleur, mieux vaut être jeune et bien portant, que vieux, malade et… polymédiqué. L’Agence du médicament humain alerte sur les risques associés à certaines classes thérapeutiques lors de canicule.

  •  *  La canicule peut provoquer un coup de chaleur — une hyperthermie brutale qui peut s’avérer fatale en quelques heures — ou un syndrome d’épuisement-déshydratation d’évolution plus lente, selon l’Agence nationale de sécurité du médicament (humain). L’âge, les maladies chroniques et leurs traitements peuvent aggraver l’état clinique.

*  Certains médicaments, souvent prescrits chez des animaux de compagnie (parfois âgés), peuvent, de par leur mode d’action, accentuer la déshydratation, altérer la fonction rénale, aggraver l’hyperthermie. Il s’agit notamment des AINS, des diurétiques, des IECA (inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine), de la plupart des médicaments de cardiologie, des hormones thyroïdiennes, de certains médicaments du comportement (antiépileptiques, antidépresseurs) etc.

*  Chez l’homme, l’Agence recommande surtout de ne pas stopper ni diminuer les doses d’emblée et de manière systématique, mais d’en tenir compte comme un facteur de risque.

*  Si nous supportons mal la chaleur, la plupart des médicaments n’y résistent pas si mal sauf… s’ils sont stockés dans les voitures. Car, en plein soleil, sous la lunette arrière, on atteint presque à 80 °C.

*  Les médicaments thermosensibles à conserver entre + 2 et + 8 °C sont déjà habituellement bien protégés de la chaleur.

Météo France prévoit pour aujourd’hui et jusqu’au prochain week-end des températures caniculaires parfois supérieures à 40 °C.

La journée de hier a été la plus fraîche de la semaine selon Météo France qui annonce une canicule jusqu’à la fin de la semaine et des températures record à partir de mercredi et jeudi. 

La canicule : l’étoile du chien Sirius du 24 juillet au 26 août

La constellation du chien

C’est la constellation du chien, avec l’étoile du chien Sirius visible dès la tombée de la nuit entre le 24 juillet et le 26 août —les jours les plus chauds de l’année —, qui a donné son nom à la canicule (petite chienne en italien) pour désigner ces périodes de fortes chaleurs.

En italien, la canicule est la « petite chienne ». Mais, en astronomie, la canicule désigne surtout l’étoile du chien ou Sirius, appartenant à la constellation du « grand chien ». Historiquement, la canicule est la période où l’étoile du chien se lève et se couche avec le soleil, soit entre le 24 juillet et le 26 août. Ce sont donc les périodes les plus chaudes de l’année, d’où l’usage de ce terme canicule pour désigner les fortes chaleurs de l’été. Étymologiquement, il ne peut donc pas y avoir de canicule en juin ! Le chien Sirius n’est pas encore levé quand le soleil est déjà couché !

Depuis 2003, les alertes canicules sont fréquentes

Depuis la canicule d’août 2003 — en plein dans la constellation du chien —, l’Agence nationale de sécurité du médicament humain (ANSM) alerte en effet, presque chaque année, les médecins et à leurs patients sur les risques associés à la prise de certains médicaments qui peuvent aggraver la déshydratation et le coup de chaleur. « Les médicaments ne sont pas les facteurs déclenchants du coup de chaleur. Cependant, certains médicaments, en interagissant avec les mécanismes adaptatifs de l’organisme sollicités en cas de température extérieure élevée, peuvent contribuer à aggraver la déshydratation ou un coup de chaleur induits par une trop longue ou trop forte exposition à la chaleur ».

Lors de la canicule de l’été 2003, les taux de décès chez les personnes âgées de plus de 70 ou 75 ans se sont avérés plus élevés lors de traitement avec un neuroleptique ou un diurétique. De même, lors des épisodes de canicule, le centre de pharmacovigilance (humaine) de Toulouse a noté une recrudescence des déclarations d’effets indésirables graves avec les diurétiques, les IECA (inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine), les sartans, les bêtabloquants…

Vieux, malade et polymédiqué…

La prise de médicament n’est pas le seul facteur de risque, ni même le principal. De nombreux autres facteurs de risque individuel peuvent aussi altérer la capacité de l’organisme à lutter contre un stress thermique extrême. L’âge extrême est toujours cité. Un nourrisson, un enfant ou une personne âgée s’adaptent moins bien à la chaleur. Les maladies chroniques, dont les médicaments sont un « marqueur », sont aussi des facteurs de risque, qui s’ajoutent aussi souvent à l’âge.

En d’autres termes, pour lutter contre la chaleur, mieux vaut être jeune et bien portant, que vieux, malade et polymédiqué.

Ni stopper ni diminuer les doses

« En aucun cas, il n’est justifié d’envisager d’emblée et systématiquement une diminution des doses ou un arrêt des médicaments pouvant interagir avec l’adaptation de l’organisme à la chaleur. Il est nécessaire de procéder à une évaluation clinique de l’état d’hydratation des personnes à risque avant de prendre toute décision thérapeutique ».

L’Agence publie alors une liste de médicaments qui, « d’un point de vue théorique et sur la base de leurs mécanismes d’action », doivent être pris en considération dans l’analyse des facteurs de risque aggravant du syndrome d’épuisement et du coup de chaleur (voir tableau récapitulatif).

AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens), diurétiques, IECA (inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine), hormones thyroïdiennes

Dans cette liste, quelques classes thérapeutiques sont aussi utilisées chez les animaux de compagnie pour traiter des affections chroniques.

  • Les diurétiques, notamment les diurétiques de l’anse, sont les premiers cités car ils sont évidemment susceptibles d’aggraver une déshydratation provoquée par la chaleur.
  • Les AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens) comme les IECA (inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine), sont susceptibles d’altérer la fonction rénale et donc d’aggraver une déshydratation. Par leur mécanisme d’action, beaucoup d’autres médicaments de cardiologie sont aussi concernés : les antiarythmiques, les bêtabloquants, les sartans, la digoxine
  • Les hormones thyroïdiennes augmentent le métabolisme basal et induisent la production endogène de chaleur. Elles pourraient donc aggraver une hyperthermie induite par la chaleur.

Sont également cités par l’ANSM,

  • Les antiépileptiques « dont le profil cinétique est affecté par la déshydratation »,
  • Les neuroleptiques dont la sélégiline, les benzodiazépines,
  • Les agonistes et amines sympathomimétiques en particulier la phénylpropanolamine,
  • L’atropine et les collyres atropiniques,
  • Les médicaments connus pour leur néphrotoxicité : les sulfamides, les aminosides (injectables), la ciclosporine
  • Etc.

Déshydratation et coup de chaleur

Pour l’Agence, les deux complications à craindre chez l’homme lors de canicule sont le « syndrome d’épuisement-déshydratation » et le « coup de chaleur ».

1 – Le « syndrome d’épuisement-déshydratation » apparaît en quelques jours. Il découle de l’altération du métabolisme hydrosodé provoqué par la perte sudorale.

2 – Le « coup de chaleur » est à l’inverse brutal. Il résulte d’une défaillance aiguë de la thermorégulation. Il s’agit d’une urgence médicale. Car il est d’apparition très rapide (1 à 6 heures) et d’évolution fatale (en moins de 24 heures) s’il n’est pas rapidement pris en charge.

Des médicaments supportent bien une canicule à 40 °C

Le stockage des médicaments lors de canicule (> 30 °C)

D’après les recommandations de l’Agence nationale de la sécurité du médicament, ANSM.

Dans sa mise au point, l’Agence du médicament (ANSM) est davantage rassurante sur la conservation des médicaments soumis à des températures « hors normes ». Des études stabilité accélérée des dossiers d’AMM, réalisés à 40 °C, confirment que les médicaments stockés à température ambiante (ou en dessous de 25 ou 30 °C) supportent plusieurs semaines, six mois même, des températures de 40 °C.

« Les médicaments stockés dans des conditions normales chez des particuliers, dans les locaux professionnels sont exposés, lors de canicule, à des conditions de stress thermique bien inférieures aux températures des épreuves de stabilité accélérée à 40 °C ». Ces études de stabilité étant identiques pour les médicaments humains et vétérinaires, cette analyse peut être extrapolée à la santé animale.

Stable six mois à 40 °C

         * Pour les médicaments « à conserver à température ambiante » ou sans indication particulière de conservation, « les essais de stabilité ont montré l’absence de dégradation après exposition pendant six mois à 40 °C. Ces médicaments ne craignent donc pas une exposition de plusieurs jours ou semaines aux températures élevées observées pendant les périodes de canicule. » D’ailleurs, le terme de « température ambiante » s’entend alors comme « un climat continental », chaud en été, froid en hiver.

      * Pour les médicaments « à conserver à une température inférieure à 25 ou à 30 °C », les études de stabilité « ont montré l’absence de dégradation après une exposition de plusieurs semaines à 40 °C ». Là encore, « le dépassement ponctuel, pendant quelques jours à quelques semaines, des températures de 25 ou 30 °C n’a pas de conséquence sur la stabilité ou la qualité de ces médicaments. »

« Entre + 2 et + 8 °C »

      * Les médicaments « à conserver entre + 2 et + 8 °C » n’ont, eux non plus, rien à craindre de la canicule. Car ils sont conservés normalement au réfrigérateur et sans rupture de la chaîne du froid. Si la température extérieure est élevée, il est juste « recommandé de les utiliser assez rapidement une fois sortis du réfrigérateur. »

      * En revanche, certaines formes galéniques sont sensibles à la chaleur : pommades, crèmes, pâtes, gels… Même si les principes actifs ne sont pas nécessairement altérés par l’exposition à la chaleur, un médicament dont l’apparence est anormale à l’ouverture « ne devrait pas être utilisé ».

Trop chaud dans les voitures

« Lors de stockage/transport dans les véhicules, la température peut largement dépasser 40 °C ». Des enregistrements effectués dans des véhicules de vétérinaires en région Bretagne montrent que la température dépasse fréquemment les 40 °C durant les mois d’été. Elle peut parfois atteindre 60 °C. En Angleterre, la température atteint même 80 °C pour un médicament laissé dans une mallette noire sous la lunette arrière en plein soleil. Alors que le thermomètre est à 50 à 60 °C hors de cette mallette.

Dans les véhicules soumis au plein soleil de la canicule, le risque de dégradation des principes actifs est plus élevé surtout pour formes liquides. Car les échanges thermiques avec l’air ambiant et la montée en température sont beaucoup plus rapides pour une solution que pour un comprimé ou une poudre orale. De même, les médicaments devant être conservés à moins de 25 °C sont plus sensibles à des stress thermiques aussi élevés que 60 ou 80 °C.

Des emballages isothermes pour les liquides

« Par précaution », en l’absence d’étude stabilité à 60 ou 80 °C, l’Agence recommande « de disposer d’emballages isothermes » dans les véhicules, surtout pour les formes liquides ou ceux qui sont les plus sensibles. À défaut de tels emballages, elle suggère un remplacement plus fréquent des produits exposés à de trop fortes chaleurs.

Les médicaments à conserver entre +2 et +8 °C sont là encore assez bien protégés de ces fortes chaleurs s’ils restent transportés dans des emballages isothermes réfrigérés dans le respect de la chaîne du froid.

Et pour les propriétaires aussi

Ces consignes peuvent évidemment s’appliquer aux propriétaires qui vont bientôt partir en vacances ou qui rapportent dans leurs véhicules des médicaments vétérinaires. Les médicaments à conserver à une température ambiante ou inférieure à 25 ou à 30 °C ne devraient évidemment pas être exposés « trop longtemps » à des températures de 60 °C, telles que celles relevées dans les coffres ou les habitacles de voitures exposées en plein soleil. Dans ce cas, par prudence, il est conseillé de les transporter dans un emballage isotherme ou du moins de les protéger de la chaleur en les laissant dans leurs boîtes carton sans les exposer au soleil sur la plage arrière !

Sources : Eric VandaëleLefil du 24/06/2019

Cet article a été sélectionné pour vous par la Clinique La Renardière